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NoUI : vers une simplification, voire l’absence d’interface

NoUI : vers une simplification, voire l’absence d’interface

  • 2016-12-09
  • Mariève Bouchard, Designer UX
  • Catégorie : UX-Design
NoUI : vers une simplification, voire l’absence d’interface

Tant d’objets sont maintenant dotés d’écrans tactiles ou même liés à des applications. Ils sont souvent un prétexte pour offrir plus de fonctionnalités, plus d’options, mais on peut parfois douter de leur efficacité, car il en résulte fréquemment une complexification de l’expérience. On peut donc se questionner sur l’utilisation réelle du plein potentiel de ces outils.

L’expérience est-elle réellement bonifiée?
Est-ce que ça en vaut vraiment la peine? 
 

L’écran, pas toujours la meilleure option

Golden Krishna, auteur de The Best Interface is No Interface, pense que le nombre d’étapes pour accomplir une tâche devrait être au cœur de la conception et de l’innovation. La technologie doit s’adapter pour améliorer et simplifier les actions de l’individu.  

Bien que l'écran ait sa place dans bien des cas comme pour le thermostat Nest, il n’est en effet pas toujours la solution à l’innovation. En adaptant au maximum l’interface et la forme d’un produit pour qu’il parle de lui-même - sans mode d’emploi supplémentaire - le produit devient plus intuitif et incite l’utilisateur vers le comportement espéré.

L’interface responsable du comportement 

Une interface simplifiée, omniprésente, voire absente – c.-à-d. noUI - qui engendre une action souhaitée en un minimum d’étapes est un gage de succès. 

La porte est sans contredit un objet de la vie courante qui devrait révéler son mode d’utilisation simplement par son interface, c’est-à-dire par sa forme et ses composantes. Autrement dit, les gens ne devraient pas avoir à se demander s’il faut pousser ou tirer une porte. Suite au travail du designer Don Norman de NNgroup, on appelle portes Norman celles qui, par leur forme, indiquent le contraire de ce que vous êtes réellement censé faire ou donnent un mauvais signal qui a besoin d’être rectifié.

Pourquoi ajouter une instruction à un produit qui devrait être évident?

Cette notion se base sur la découvrabilité, qui consiste à découvrir et comprendre les opérations qu’on devrait accomplir.  

 

La découvrabilité dans un contexte technologique

L’utilisation des outils technologiques trouble grandement le principe de découvrabilité : les actions espérées sont rarement évidentes et les indices manquent. Combien de fonctionnalités sur nos mobiles ou ordinateurs avons-nous découvertes progressivement ou par accident? Et combien ignorons-nous encore?

L’humain n’est absolument pas en tort s’il ignore l’existence d’une fonctionnalité ou s’il a de la difficulté à opérer avec un appareil. Au contraire, c’est le produit qui devrait s’adapter à lui. Lors d’un processus de conception, il vaut mieux adopter le principe du design centré autour de l’utilisateur pour cibler leur instinct et ainsi assurer le comportement escompté. 

La simplification ou l’absence d’interface est souhaitable dans plusieurs cas, mais il existe un risque que l’utilisateur ignore les fonctionnalités offertes ou les découvrent tardivement par «accident»… ou de manière généralement humiliante par un proche :

«OMG, tu ne savais pas que tu pouvais faire ça sur ton mobile !?»

 

La phase d’apprentissage devient donc importante dans un contexte de simplification d’interface. Le défi est de provoquer cet apprentissage.


Un exemple : les écouteurs à fil d’Apple munis d’un bouton central relativement épuré. Les utilisez-vous à leur plein potentiel? Connaissez-vous l’existence des fonctionnalités offertes? Hormis le «+ / -» inscrits sur le bouton, aucun indice visuel ne nous suggère de varier la pression sur ce bouton. Si vous n’avez pas lu le mode d’emploi, vous serez probablement surpris d’apprendre la quantité d’actions possibles via le bouton central. Et si vous étiez au courant de cette liste de fonctionnalités, vous souveniez-vous vraiment de chaque action reliée? 

Dans ce cas-ci, ce qui est intéressant est que l’utilisateur s’approprie les actions qui lui sont utiles. Toutefois, il peut vivre une certaine frustration s’il ne se souvient plus comment effectuer une action, comme répondre à un appel. Il n’y a aucun indice visuel qui pourra lui rafraichir la mémoire. Évidemment, le pire des cas, c’est que l’utilisateur cesse d’utiliser certaines fonctionnalités. 

Dans le cas des écouteurs à fil d’Apple, le noUI est d’autant plus exploité par la commande vocale intégrée grâce à Siri : «Pour utiliser Siri, maintenez le bouton central enfoncé.» Encore là, faut-il se souvenir de comment communiquer avec elle.

 

L’impact d’une simplification d’interface

Le problème est que beaucoup ne lisent pas les modes d’emploi. L’interface sert à les prendre par la main pour qu’ils assimilent le fonctionnement du produit. Il en résulte que les interfaces sont alors alourdies. C’est pourquoi on voit de plus en plus de tutoriels lors de la première utilisation d’un produit. On cherche à forcer l’utilisateur à adopter un certain comportement.

Assimiler le mode d’emploi reste le défi. Le principe de noUI doit alors être appliqué avec soin. Il encourage la réflexion et incite la simplification lors de conception d’interfaces ou d’outils novateurs, ce qui est bénéfique pour l’expérience utilisateur. Toutefois, il faut prendre conscience que le noUI peut entrainer l’ignorance de certaines fonctionnalités. Il faut donc parfois prévoir une phase d’apprentissage et y porter attention dans la conception de nos produits.